ERIK ORSENNA

Pour aimer plus nos ports

 

 

Par Erik Orsenna ( aricle paru dans ARMOR MAGAZINE de janvier 2007)

  Pour aimer plus nos ports, rien ne vaut une petite promenade en Antarctique. Là bas, les abris sont rares. Et lorsqu’on découvre une maigre échancrure, les rives sont accores : les falaises plongent directement dans la mer à des profondeurs tout de suite inouïes. Et je ne parle pas des glaces. Elles n’aiment rien tant que dériver vers la place que vous avez choisie, rien que pour vous embêter et vous forcer à déguerpir. L’inconfort de nos marées, contre lequel nous pestons si souvent, ne vous paraît bientôt qu’un désagrément très mineur.
Et pour aimer mieux nos ports, rien ne vaut le formidable ouvrage d’Alain Lozac’h. Ce diable d’homme est tout à la fois historien et promeneur, savant du passé et gourmand des choses présentes, immense lecteur et tout autant auditeur des petits faits vrais, ceux qu’on ne confie qu’à une oreille amie. Il n’en est pas à son coup d’essai. Je me souviens d’un ouvrage sur la résistance en Bretagne qui m’avait bien intéressé. Mais ce livre-ci est un coup de maître. Méticuleusement tout autant que passionnément, de Cancale au Conquet il raconte chacun des abris innombrables creusés dans la plus belle côte du monde, celle de notre nord Bretagne. On pouvait craindre de s’ennuyer à parcourir une telle liste. C’est mal connaître notre auteur qui de chaque port n’écrit pas la fiche de police mais, plutôt, dessine le portrait, mêlant avec bonheur les données chiffrées (d’hier et d’aujourd’hui), les explications générales, les récits, les logiques économique , sociale et culturelle …

Une fois de plus, la preuve est fournie, grâce à ce livre, que le savoir accroît l’amour. Bien sûr, chacun connaît et apprécie La Richardais. Mais qui ne sera joyeux, ému d’ apprendre qu’à la fin du XIX°, un chantier naval y prospérait et qui portait le nom magnifique de Tranchemer ? Qui ne s’amusera d’apprendre que le phare des Roches-Douvres fut d’abord érigé sur… le Champ-de-Mars avant d’être transporté, en morceaux, sur Bréhat ?

Et tous ceux qui se veulent ou se croient plus sérieux et ne se satisfont pas d’une simple balade.  Ils trouveront leur bonheur dans la première partie du livre. Alain Lozac’h, avec un sens de la synthèse impressionnant, raconte l’histoire de ce littoral, de l’Ancien Régime à nos jours, de la construction des premières installations jusqu’aux travaux pharaoniques de Saint Quay Portrieux.

En conclusion, suivez le guide Lozac’h : vous n’en trouverez pas de meilleur. Il est, au sens plein  (et paisible) du terme un vrai frère de la côte.

  ERIK ORSENNA

 

                

 

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